waed_om-hod (90K) Waed Almhana et la force des mots


Portrait d'un journaliste syrien,
bénévole pour le patrimoine mondial



Damas, même classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979, subit des dommages permanents. Ceci est tellement vrai que L'Association internationale World Monument Fund a accepté la proposition de mettre Damas sur la liste des 100 patrimoines les plus menacés du monde en 2002 et en 2008. Un certain nombre de personnes indépendantes ou agissant pour des organisations, prennent la défense de la vielle ville de Damas, tentent de sauvegarder ou de réhabiliter son patrimoine si extraordinairement unique. Beaucoup essayent mais peu réussissent car la position de Damas est complexe. C'est la capitale de la République Arabe Syrienne, et les enjeux politiques, économiques, financiers y sont nombreux.

Un homme l'a bien compris, depuis plusieurs années - Parce qu'il est un enfant du pays; parce qu'il est journaliste, et qu'il est spécialisé dans les affaires culturelles, en particulier celles du patrimoine; parce qu'il est passionné par le patrimoine historique de son pays, et qu'il est défenseur du patrimoine mondial, parce qu'il est visionnaire et très lucide; parce qu'il connait bien le contexte, les gens et les lieux - il s'est dit qu'il pouvait faire quelque chose pour Damas, et rien ni personne ne pourra le décourager, même si parfois la tension qu'il subit est énorme.

Après avoir fait des études supérieures de physique mécanique à l'Université de Damas (Ingéniorat), Waed Almhana est officiellement employé par le journal gouvernemental Al-Thawra en tant qu'ingénieur, co-responsable du site Web du journal. Depuis son début de carrière dans les années 2000, il s'intéresse et écrit des articles qui portent sur le patrimoine, informe de ce qui se passe pour les sites archéologiques, dénonce les abus. Notamment, il écrit un article très visionnaire sur le patrimoine en danger du Proche-Orient où il s'attache en particulier à alerter sur les menaces qui planent sur le patrimoine irakien ; cet article paraît juste avant que l'armée américaine n'envahisse Bagdad. Il fait aussi des investigations pour nombres de sites en Syrie dont Alep et Palmyre.

Le bénévolat et les sociétés civiles doivent se développer en Syrie
En 2003, il s'engage comme volontaire pour la sauvegarde d'une ville phénicienne unique au monde, Amrit, à proximité de Tartous, sur la côte méditerranéenne de la Syrie. Il forme un groupe de bénévoles pour la sauvegarde du site, une des toutes premières associations de fait, à but non lucratif, qui est tolérée par son gouvernement. Il obtient même une autorisation officielle de fonctionner, reconnue par l'état public, et fait organiser un workshop international par l'UNESCO en 2004.

Un grand amour pour la vielle ville de Damas,
Patrimoine mondial, berceau des civilisations, mémoire des hommes...

Il se penche sérieusement sur le cas de Damas, dans laquelle il constate un état de délabrement et de destruction progressif.
En 2006, il trouve l'opportunité de fonder l'ONG de protection du Patrimoine Syrien "Heart of Damascus". Il lui choisit un nom anglais car il souhaite qu'elle devienne une organisation d'utilité publique internationale, car il dit que "c'est un droit pour tous et même un devoir de défendre le patrimoine mondial".

Retour sur l'histoire récente du Souk Al-Atik
Le souk Al-Atik, aussi connu par son nom français "Le marché des oiseaux", a été détruit en trois jours en Novembre 2006. Le site d'origine mamelouk et ottomane, était protégé par la convention du patrimoine mondial de l'UNESCO car situé dans la zone tampon de la vielle ville de Damas intra-muros.
Waed Almhana a entendu l'activité des buldozers, alors qu'il se promenait dans ce quartier un soir de novembre 2006, et averti trop tard, il ne put juste constater la destruction. Immédiatement, il alerta les médias, et le Centre du Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Il filma la scène avec une caméra cachée, et aussi écrivit un article pour publier cette information, et alerter les gens sur le "chemin de la destruction de la vielle ville de Damas".

Un esprit visionnaire permet de stopper à temps une catastrophe pour la Rue du Roi Faisal
Dans l'article qu'il écrit alors sur le champ pour informer sur la catastrophe irréparable que vient de subir Damas, la destruction du Souk Al-Atik, il évoque les problèmes que va connaître la Rue du Roi Faisal, quartier artisanal de Damas, qui longe les murs Nord, de la citadelle à Bab Touma.
Les mois qui vont suivre, il se livre à une lutte acharnée pour "faire bouger" des autorités qui pourraient relayer son action.

Condamné par amour de son pays
En 2008, le ministère syrien de la Culture porte Waed Almhana devant une cour de justice pour avoir écrit l'article sur la destruction du Souk al-Atik. Ils pensent que cette fois, il est allé trop loin. Evidemment, il n'a pas vraiment retenu ses mots. Mais, sans la force des mots de cet article, et l'extrème gravité qu'il y dénonce et la colère qui y transparait, l'alerte aurait-t-elle été reçue? Le directeur du Patrimoine Mondial de l'Unesco, Mr. Fransisco Banderin, aurait-il écrit des courriers aux autorités syriennes pour essayer d'établir le dialogue, se serait-il déplacé à Damas tout de suite après la catastrophe pour tenter de raisonner le gouverneur de Damas, et de rendre des comptes à l'UNESCO? Sans cela, l'UNESCO aurait-il menacé de porter la vielle ville de Damas sur sa liste noire des patrimoines en danger, à la veille de l'année 2008, où Damas allait devenir la capitale arabe de la Cuture?!

Waed Almhana ne s'est pas limité d'écrire cet article. Il est passé à l'action sur le terrain, et a ainsi permis, avec le soutien qu'il s'est bâtit, de stopper la catastrophe du projet d'autoroute de KFS, qui aurait détruit un des plus beaux quartiers de la vielle ville de Damas. Pour lui, l'écriture n'est qu'un instrument, et il y a la parole, la force de conviction, la simple présence et bien d'autres recettes dont il a le secret pour préserver Damas. Après l'histoire de KFS, il a continué d'être présent, à l'écoute de la moindre alerte, et a pu faire abandonner quelques autres projets qui n'étaient pas respectueux du patrimoine syrien.

Récemment, tombe le premier verdict de la condamnation à deux mois d'emprisonnement et 600 000 livres syriennes, pesant lourd pour un journaliste, dont le salaire est tout juste de 10 000 Livres syriennes par mois.
Même si le bénévolat n'est pas encore reconnu à sa juste valeur, un vent de modernisation souffle sur la Syrie, et on sent une incroyable ouverture à tout point de vue vers l'Europe et le Monde dans ce magnifique pays qui veut faire savoir qu'il est le berceau même de nos civilisations.
Dans ce contexte, on peut se demander si ce verdict est bien raisonnable pour un homme de bonne volonté qui ne cherche qu'à protéger et faire valoir la plus grande richesse de son pays. Mais on espère que ceux qui le condamnent feront preuve de compréhension et de clémence pour être en parfaite adéquation avec la modernité que développe actuellement le peuple syrien.

L'équipe de Heart of Damascus,
04/2009.

Articles de presse

Article de Waed Almhana sur la destruction du Souq Al-Atik:
- Article publié online, 29/11/2006. original, en Arabe , traduit en Français
Un nouvel article:
lire (en Arabe)

Articles sur Waed Almhana:
- Article, par Razan Zaytounah (en Arabe), dans Aljareeda Journal online, 03/2009. lien
Même article traduit en Français

- Article, (en Arabe), dans all4syria, 03/2009 lien

- Article, (en Anglais), 04/2009 link

- Article, dans all4syria (en Arabe), 04/2009 lien

- Article, dans Annida (en Arabe), 04/2009 lien

News


La séance au tribunal du 29 avril 2009 a été reportée au 10 juin 2009,
La défense du Ministère de la Culture était absent,
De nombreux avocats et journalistes et habitants du Vieux Damas sont venus soutenir Waed Almhana.

11/06/2009:
La séance de jugement du 10 juin n'a pas eu lieu!
Une fois de plus, ils ont remis le jugement à plus tard (1 juillet).
Il s'agit bien là d'une stratégie. D'une part, ils ne savent peut être pas comment régler cette affaire, qui est maintenant assez médiatisée, mais retarder permet de gagner du temps et de mettre le journaliste dans l'embarras de l'attente et du doute, car d'une certaine manière, il ne peut pas faire de projet si cette histoire n'est pas réglée. Enfin, c'est ce que tout le monde croit.